Composition en cours…
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Le retour officiel, vingt ans après
Le premier vrai jeu Stargate depuis des années, et le plus ambitieux côté récit. On mène une équipe de spécialistes dans une campagne inédite, en pleine guerre contre les Goa'uld, avec infiltration, plans à préparer et une intrigue de boucle temporelle. Sorti en deux parties en 2024.
Année
2024
Genre
Tactique en temps réel
Studio
CreativeForge Games · Slitherine
Plateformes
PC (Steam, GOG)
Note Metacritic
72 / 100
Il faut mesurer ce que représente Stargate: Timekeepers avant même d'en lancer la première mission. Pendant des années, la porte des étoiles est restée fermée pour les joueurs. Aucun nouveau jeu officiel, une poignée de projets partis en fumée, et une communauté qui commençait à croire que la franchise ne reviendrait jamais sur nos écrans autrement qu'en rediffusion. Puis, en mai 2021, le studio polonais CreativeForge Games lâche la nouvelle : leur mystérieux "projet X" est un jeu Stargate, développé sous licence officielle MGM et édité par Slitherine et Matrix Games, des spécialistes reconnus de la stratégie sur PC.
Ce qui rend Timekeepers particulier, c'est son genre. Ce n'est ni un jeu de tir, ni un MMO, mais un jeu de tactique en temps réel mâtiné d'infiltration, dans la lignée directe des Commandos, de Shadow Tactics ou de Desperados. Slitherine l'a d'ailleurs présenté comme le tout premier jeu de stratégie jamais tiré de Stargate SG-1. Vous ne pilotez pas SG-1, vous menez une équipe inédite, des spécialistes qu'on déplace case par case dans l'ombre pour neutraliser des Jaffa sans jamais déclencher l'alerte. Sorti sur Windows, le jeu tourne sous le moteur Unity et se joue exclusivement en solo, à travers une campagne scénarisée pensée comme une saison de série.
L'histoire de la fabrication du jeu est presque aussi mouvementée que son scénario. CreativeForge Games, un studio basé en Pologne déjà connu pour Hard West et Ancient Space, annonce le projet en 2021 et dévoile de premières images de gameplay dès décembre de la même année. Sur le papier, le jeu était espéré pour 2022. Dans les faits, il faudra patienter bien plus longtemps, avec des fenêtres de sortie repoussées à mesure que le développement se prolongeait.
Entre-temps, un mouvement industriel discret mais important a eu lieu : Slitherine et CreativeForge se sont rapprochés au point de fonder ensemble un studio à Varsovie, en conservant l'essentiel de l'équipe d'origine. C'est pourquoi, selon les sources, on voit tantôt CreativeForge Games, tantôt Slitherine Poland crédités comme développeurs, l'un étant en réalité le prolongement de l'autre. Cette continuité explique la cohérence du produit final malgré des années de gestation.
Le choix le plus marquant reste celui de la sortie en deux temps. Slitherine a découpé sa "Saison Un" en deux parties de sept missions chacune. La Partie Un est arrivée le 23 janvier 2024, et la Partie Deux le 23 octobre 2024, portant la campagne à quatorze missions au total. Le geste appréciable pour les joueurs : la seconde partie a été offerte gratuitement à tous ceux qui possédaient déjà la première, les nouveaux épisodes se débloquant automatiquement dans le jeu, l'ensemble étant vendu autour de 29,99 dollars pour les nouveaux venus.
Timekeepers assume pleinement son héritage. On y contrôle une petite escouade aux compétences complémentaires, et chaque mission est un vaste casse-tête où l'observation prime sur l'action. On repère les rondes des gardes, leurs champs de vision, on planifie l'ordre des éliminations, puis on exécute le plan, idéalement sans qu'un seul ennemi n'ait le temps de comprendre ce qui lui arrive. Car ici, se faire voir a un prix : dès qu'un ennemi vous découvre, il appelle des renforts, et une situation maîtrisée peut virer au chaos en quelques secondes.
La richesse vient de la variété des personnages. Chacun apporte un outil unique à la boîte tactique. Le colonel Eva McCain mène l'équipe au combat, Max Bolton couvre les positions au fusil de précision, le scientifique Derrick Harper bricole et détourne la technologie, tandis que Sam Watson, l'espionne, peut se déguiser en Jaffa pour se fondre dans les rangs ennemis et ouvrir des passages. S'y ajoute A'ta, un Jaffa qui a fait défection et connaît de l'intérieur les forces qu'on affronte. La Partie Deux enrichit encore ce panel avec Xugga, un Unas vétéran, aussi puissant que placide, qui débarque avec son petit compagnon et de nouvelles options de jeu.
Le résultat est un jeu exigeant, qui récompense la lecture fine des situations et la répétition intelligente. C'est aussi un jeu qui, de l'avis de la presse, reste sagement dans les clous du genre sans réinventer sa formule. Les amateurs de tactique en temps réel s'y retrouveront immédiatement, quitte à regretter qu'il ne pousse pas ses mécaniques plus loin que ses illustres modèles.
C'est sans doute sur le terrain narratif que Timekeepers parle le plus au fan. Le jeu ne se contente pas d'un décor Stargate générique : il vient s'insérer précisément dans la chronologie de la série, en partant de la fin de la septième saison de Stargate SG-1. La campagne s'ouvre pendant la bataille de l'Antarctique, ce moment charnière où la flotte d'Anubis menace la Terre et où SG-1 joue le sort de la planète. L'équipe d'Eva McCain est là, en soutien, dans l'ombre du grand affrontement que les fans connaissent par cœur.
À partir de ce point d'ancrage, le récit bifurque vers une aventure entièrement originale. Face à un nouveau Grand Maître Goa'uld avide de pouvoir, nommé Dolus, l'équipe se retrouve prisonnière d'une boucle temporelle. Tout l'enjeu devient alors de comprendre le piège, d'en percer le mécanisme et de retourner le temps à son avantage pour renverser la situation. Le titre du jeu prend ici tout son sens : les "gardiens du temps" doivent littéralement dompter une répétition dont ils sont les seuls à avoir conscience.
Ce parti pris est malin. Il permet aux développeurs de raconter leur propre histoire, avec leurs propres héros, sans jamais réécrire le canon ni marcher sur les plates-bandes de SG-1. Les fans y retrouvent la mythologie familière, les Jaffa, les Goa'uld, le vocabulaire de la saga, tout en découvrant des visages neufs. Reste que, sur ce point, les critiques ont souvent tiqué : le potentiel vertigineux de l'univers Stargate et de sa mécanique de boucle temporelle semble sous-exploité, comme si le jeu n'osait pas aller au bout de ses propres idées.
À sa sortie, Timekeepers a récolté une moyenne Metacritic de 72 sur 100, soit un accueil qualifié de mitigé à moyen. Fait notable, aucune critique franchement négative dans le lot : la presse s'est répartie entre avis positifs et avis mesurés, sans jamais éreinter le jeu. Du côté des enthousiastes, The Games Machine parle d'un achat incontournable pour les amateurs de tactique furtive avec une note de 82, tandis qu'IGN, autour de 80, se dit prêt à repasser volontiers la porte des étoiles et compare le titre à Shadow Tactics.
Les voix plus réservées pointent toutes à peu près le même défaut. Le socle de jeu est solide, l'infiltration fonctionne, les niveaux les plus retors procurent un vrai plaisir tactique, mais le jeu peine à faire vivre son écriture. Plusieurs médias italiens comme SpazioGames ou Everyeye reconnaissent une tactfurtive intéressante tout en déplorant une licence sous-employée. GameStar est plus dur encore, estimant que le jeu ne tient la comparaison avec la concurrence que grâce au nom Stargate. Le verdict qui revient le plus souvent : un clone honnête et compétent de Commandos, qui frôle le très bon sans jamais l'atteindre, et qui séduira surtout les fans convaincus d'avance.
En clair, Timekeepers n'a pas fait l'unanimité, mais il n'a pas non plus déçu. Il a livré exactement ce qu'il promettait, un jeu de tactique propre et respectueux de sa licence, ni plus ni moins. Pour une franchise qui n'avait plus rien sorti depuis longtemps, c'était déjà une forme de victoire.
Pour saisir la vraie valeur de Timekeepers, il faut se souvenir du cimetière de projets qui le précède. Stargate a longtemps été une franchise maudite côté jeu vidéo. Le plus douloureux exemple reste Stargate Worlds, ce MMORPG ambitieux développé par Cheyenne Mountain Entertainment avec la bénédiction des showrunners de la série, dont Brad Wright en consultant créatif. Ralenti par la crise financière de la fin des années 2000, le studio a fini par déposer le bilan en février 2010, emportant le jeu avec lui, sur fond de scandale financier autour de ses dirigeants.
Avant lui, il y avait eu Stargate SG-1: The Alliance, un jeu de tir prévu sur Xbox, PlayStation 2 et PC, où l'on aurait incarné les quatre membres originaux de SG-1. Le développeur Perception, en conflit avec son éditeur JoWooD, a vu le projet capoter vers 2005 et 2006 faute d'accord sur un nouvel éditeur, avant une longue bataille juridique. Entre ces naufrages, seuls quelques titres mineurs et le jeu en ligne Stargate: Resistance ont vu le jour, sans marquer les esprits.
C'est dans ce contexte que Timekeepers prend tout son relief. Il est le premier jeu de stratégie officiel de l'univers, l'un des rares projets Stargate à être réellement arrivé à bon port, et surtout un signe que la licence pouvait encore vivre sous forme jouable. Modeste dans ses ambitions, mais bien réel dans les mains des joueurs, il vaut autant pour ce qu'il propose que pour ce qu'il symbolise : une porte enfin rouverte.
Le nom du studio principal, CreativeForge Games, cache une petite ironie pour les fans : avant de plonger dans la mythologie des Goa'uld, l'équipe polonaise s'était déjà frottée à la science-fiction et au tactique au tour par tour avec ses productions antérieures, un terrain d'entraînement idéal pour manier une escouade dans l'ombre.
Le long calendrier de développement est en soi une anecdote. Annoncé en 2021 avec des images de gameplay dès la fin de cette année-là, espéré pour 2022, puis annoncé un temps pour l'été 2023 par son éditeur, le jeu n'est finalement arrivé qu'en janvier 2024. Entre l'annonce et la sortie complète de la Saison Un en octobre 2024, il se sera écoulé plus de trois ans, preuve que faire un jeu Stargate qui sort vraiment relève parfois de l'exploit.
Dernier clin d'œil pour les connaisseurs : la boucle temporelle, cœur du scénario, résonne avec l'un des épisodes les plus aimés de SG-1, celui où l'équipe revit la même journée en boucle. Timekeepers reprend cette idée chère à la saga et en fait le moteur de toute sa campagne, comme un hommage jouable à ce que Stargate sait faire de mieux : transformer un concept de science-fiction en terrain de jeu.
L'avis de Stargate Initiative
Stargate: Timekeepers ne restera pas dans l'histoire comme un chef-d'œuvre du tactique, et son 72 sur Metacritic dit assez bien la vérité : c'est un bon jeu, propre et honnête, jamais grand. Mais chez Stargate Initiative, on refuse de le juger comme un simple clone de Commandos. Après des années de portes closes et de projets sabordés, tenir enfin entre les mains un jeu officiel, respectueux de la chronologie, qui nous fait revivre la bataille de l'Antarctique aux côtés de SG-1, ça n'a pas de prix pour un fan. On regrette juste qu'il n'ait pas osé exploiter à fond sa boucle temporelle et la folie de son univers. Un jeu à aimer pour ce qu'il est et pour ce qu'il représente, plus que pour ce qu'il aurait pu être. Signé : Stargate Initiative.