Composition en cours…
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Le film, version 16 bits
À la sortie du film de 1994, plusieurs jeux d'action en tirent parti sur les consoles de l'époque : une version Game Boy plus proche du casse-tête, puis des versions Mega Drive et Super Nintendo façon action et plateforme. On y rejoue la mission d'Abydos contre Râ.
Année
1994 à 1995
Genre
Action / plateforme
Studio
Probe · Acclaim
Plateformes
Game Boy, Mega Drive, Super Nintendo, Game Gear
Quand Stargate débarque au cinéma en octobre 1994, la Porte des étoiles de Roland Emmerich et Dean Devlin devient instantanément un phénomène, bien avant que la série télé ne prenne le relais. Et comme toute grosse licence de l'époque, le film a droit à ses adaptations en jeu vidéo. Acclaim Entertainment récupère les droits et confie le travail au studio britannique Probe (Probe Software / Probe Entertainment), une maison qui carburait alors aux adaptations de films et aux portages. De cette rencontre naissent en réalité deux jeux très différents, qui n'ont presque rien en commun sauf le logo sur la boîte.
Le premier, c'est un puzzle sur Nintendo Game Boy sorti en 1994, porté ensuite sur Sega Game Gear en 1995. Le second, c'est un jeu d'action et de plateforme sorti en 1995 sur Super Nintendo et sur Mega Drive (Genesis aux États-Unis). Deux genres, deux publics, une seule ambition : surfer sur la vague du film tant qu'elle était haute. C'est un cas d'école du marketing vidéoludique des années 90, où l'on déclinait une même marque en autant de cartouches que possible.
Le tout premier jeu Stargate est donc un puzzle, et l'idée est plutôt maligne. Développé par Probe et édité par Acclaim, il transforme la Porte des étoiles elle-même en terrain de jeu. Le principe rappelle Tetris et les jeux d'alignement de l'époque : des tuiles marquées de symboles tombent dans la Porte, et il faut empiler trois symboles identiques pour les faire disparaître. Si vous accumulez les erreurs, les piles montent, et quand elles atteignent le haut de la Porte, c'est perdu.
Là où le jeu devient thématique, c'est l'adresse de Porte affichée à l'écran, composée de sept symboles, exactement comme dans le film où il faut composer une adresse pour ouvrir un passage. Chaque fois que vous nettoyez trois copies d'un symbole présent dans cette adresse, il compte pour la compléter. Le jeu propose deux modes. En mode Skill, on enchaîne le plus d'adresses possible pendant que la vitesse grimpe, dans la grande tradition du score infini. En mode Battle, tout ce que vous éliminez file par la Porte et retombe chez votre adversaire, ce qui donne un petit air de duel à la Tetris compétitif. C'est simple, nerveux, et clairement le membre le plus discret de la famille.
Le Stargate que la plupart des joueurs ont en tête, c'est celui de 1995 sur Super Nintendo et Mega Drive. Là, changement complet de registre : on quitte le puzzle pour un jeu de plateforme et d'action à défilement horizontal, où l'on incarne le colonel Jack O'Neill lancé dans les sables d'Abydos. Point intéressant côté développement, les deux versions n'ont pas été faites par la même équipe. La version Mega Drive a été développée par Probe Entertainment, tandis que la version Super Nintendo a été confiée au studio Tantalus (Tantalus Interactive), le tout édité par Acclaim. La bande-son est créditée à Steve Collett et Andy Brock. La sortie s'étale sur le printemps 1995, avec la version SNES en avril en Amérique du Nord et la Mega Drive dans la foulée en mai, puis une arrivée européenne et japonaise dans les semaines suivantes.
Manette en main, O'Neill marche, court, saute, grimpe et tire. Son arme principale est une mitrailleuse aux munitions illimitées, que l'on peut améliorer en ramassant des bonus : tir rapide, tir large, puissance accrue, ou même un système de refroidissement pour l'arme. À côté de ça, il transporte des grenades, jusqu'à 99 grenades classiques plus des grenades extraterrestres réservées aux gros problèmes. Le jeu casse aussi le rythme avec deux séquences de vol où l'on affronte les planeurs de Râ dans des combats aériens. Au menu des affrontements marquants, trois combats de boss : Anubis, que l'on rencontre à deux reprises, puis Râ lui-même en bout de course.
Le scénario du jeu de 1995 suit fidèlement l'esprit du film sans en être un décalque plan par plan. O'Neill doit retrouver les membres de son équipe dispersés, remettre la main sur des fournitures perdues, et surtout récupérer la fameuse bombe nucléaire apportée par la mission, ici éclatée en sept morceaux à collecter à travers les niveaux. En parallèle, il faut réunir sept hiéroglyphes égyptiens, écho direct des sept symboles nécessaires pour opérer la Porte. La victoire n'arrive qu'une fois ces deux collections complètes, la bombe et les glyphes.
En chemin, on retrouve les grandes lignes du film : la libération des habitants d'Abydos, le soutien à la rébellion contre le tyran Râ, l'affrontement avec son bras droit Anubis, et le duel final contre Râ avant de fuir son vaisseau qui explose. C'est un condensé jouable de l'intrigue du long métrage, avec ce parti pris typique des adaptations de l'époque qui gonflent le nombre d'objets à ramasser pour étirer la durée de vie. On notera un détail savoureux pour les fans de la saga : le jeu écrit déjà le nom du héros O'Neill avec deux L, cette orthographe qui deviendra un running gag de la série télé où Jack insiste sur le fait qu'il y a deux L, parce que le O'Neil avec un seul L n'a, lui, aucun humour.
À sa sortie, le jeu d'action de 1995 récolte des avis très partagés, et le verdict penche clairement vers la déception. Le célèbre magazine Electronic Gaming Monthly, avec ses quatre testeurs, attribue à la version Mega Drive une moyenne d'environ 3,9 sur 10. Le reproche revient chez presque tout le monde : la maniabilité. EGM résume l'affaire sans détour en expliquant que même des gestes simples, comme sauter d'une plateforme à l'autre ou tirer en diagonale vers le bas, demandent un effort sérieux. Autrement dit, le jeu se bat contre son propre joueur.
Tout n'est pourtant pas à jeter, et c'est ce qui rend le cas frustrant. GamePro salue des décors variés et graphiquement impressionnants tout en pointant des contrôles déroutants, et note d'ailleurs que la version Super Nintendo est quasi identique à la Mega Drive, avec une configuration des commandes un peu moins confuse. Next Generation apprécie le level design solide et surtout la belle animation du personnage, mais juge le gameplay peu original et pas franchement fidèle à l'œuvre. Les notes s'éparpillent selon les rédactions, d'un sévère 52 sur 100 chez Game Players à un plus clément 78 sur 100 chez Sega Power, en passant par un 3 sur 5 chez Next Generation. Le portrait global est celui d'un jeu joli mais rêche, qui avait les moyens de plaire et s'est saboté aux commandes.
Avec le recul, ces jeux de 1994 et 1995 occupent une place particulière : ce sont les tout premiers pas de Stargate dans le jeu vidéo, à une époque où seul le film existait, sans une seule minute de série télé. Ils restent des curiosités de collectionneurs, régulièrement exhumées dans les rétrospectives sur les adaptations de films des années 90, ce genre un peu maudit qui a produit autant de ratés que de perles. Le puzzle Game Boy, en particulier, garde une petite cote de sympathie pour son idée d'avoir fait de l'adresse de Porte un mécanisme de jeu.
Ce qui frappe surtout, c'est le grand vide qui suit. Alors que la série Stargate SG-1 va devenir un monument de la science-fiction télévisée pendant dix saisons, les jeux vidéo, eux, connaissent une longue série d'échecs. Le projet le plus douloureux est Stargate SG-1: The Alliance, un jeu de tir développé par le studio Perception, qui devait sortir sur Xbox, PlayStation 2 et PC avec les quatre héros de la série jouables dans une intrigue située après la huitième saison. Le partenariat entre Perception et l'éditeur JoWooD explose en août 2005 sur fond de litiges de paiement et de délais non tenus, et le jeu finit définitivement enterré début 2006. Vint ensuite l'ambitieux MMO Stargate Worlds, porté par Cheyenne Mountain Entertainment avec MGM, entré en bêta fermée en 2008 mais rattrapé par les difficultés financières, jusqu'à la faillite du studio et l'abandon du projet. La malédiction vidéoludique de Stargate a des racines lointaines, et elle commence juste après ces cartouches de 1995.
Premier clin d'œil : les deux jeux Stargate de la première vague portent le même nom, la même licence et le même éditeur, mais appartiennent à des genres totalement opposés. Un joueur qui aurait acheté le puzzle Game Boy en 1994 puis le jeu d'action Super Nintendo en 1995 en pensant retrouver la même expérience serait tombé de haut. C'est le genre de confusion typique de l'ère des adaptations de films, où la marque comptait plus que le contenu.
Deuxième détail qui amuse les puristes : la répartition du travail entre studios. Sur console, Probe s'est occupé de la Mega Drive pendant que Tantalus prenait la Super Nintendo, une division du travail courante à l'époque où porter un jeu d'une machine à l'autre relevait presque de la réécriture complète tant les architectures 16 bits différaient. Enfin, pour la petite histoire, ces jeux mettent en scène un colonel O'Neill qui n'a strictement rien à voir avec le visage de la série : au cinéma, le personnage était incarné par Kurt Russell, et ce n'est que plus tard, avec SG-1, que Richard Dean Anderson lui donnera son ton pince-sans-rire légendaire. Les héros pixellisés de 1995 sont donc les cousins oubliés d'une famille qui allait devenir immense.
L'avis de Stargate Initiative
Notre avis chez Stargate Initiative : ces jeux valent surtout pour ce qu'ils représentent, les balbutiements de notre saga avant même la série. Le puzzle Game Boy est une curiosité attachante et franchement bien pensée avec son adresse de Porte à composer, mais le jeu d'action de 1995 est le symbole parfait du gâchis 16 bits, de beaux décors et une superbe animation ruinés par une maniabilité qui vous fait pester à chaque saut. On ne le recommande pas pour le plaisir de jeu, on le recommande comme une pièce de musée, la première fois où notre univers a tenté sa chance manette en main, et le premier chapitre d'une longue et cruelle malédiction vidéoludique. À réserver aux fans qui veulent tout connaître de Stargate, jusqu'à ses coins les plus poussiéreux.